Aujourd’hui il est difficile de ne pas savoir ce qu’est le microbiote. Que ce soit dans les journaux télévisés, les émissions sur la santé, les magazines ou encore Internet, le microbiote est un sujet de société incontournable. Depuis quelques années, les livres qui lui sont dédiés fleurissent. Le plus connu d’entre eux est probablement le livre de Giulia Enders, Le charme discret de l’intestin (paru en France en avril 2015).

Parmi les messages qui sont relayés au sujet de notre microbiote, on vous dit qu’il faut en prendre soin et l’entretenir car il participe à de nombreuses fonctions de l’organisme. Il est notamment le siège de la majeure partie de notre immunité et on le qualifie même de deuxième cerveau. Peut-être avez-vous déjà entendu cette expression.

Aujourd’hui je souhaite partager avec vous un article que j’ai lu dans le magazine L’Express n°3460 (semaine du 25 au 31 octobre 2017). Cet article traite du microbiote, ça j’imagine que vous vous en doutiez. L’intérêt de cet article est qu’il met en avant un phénomène important. Selon les recherches menées par des scientifiques, la constitution et la diversité de notre microbiote se jouerait avant nos 3 ans. Voyons cela plus en détail avec un résumé de cet article rédigé par Stéphanie Benz.

Césarienne et étude clinique

L’article débute par le récit d’un médecin qui fait téter à un nourrisson né par césarienne un goupillon imprégné de la flore vaginale et périnéale de la mère. En procédant ainsi, les médecins souhaitent voir si ce protocole permet de doter l’enfant de la même flore intestinale qu’un enfant qui serait né par voie basse. Il s’agit ici d’un essai clinique réalisé sur 120 bébés. Mais pourquoi réaliser une telle étude ?

Il est aujourd’hui avéré que les enfants nés par césarienne ont davantage de chance de développer des pathologies telles que des allergies, de l’asthme, de l’obésité ou encore du diabète. Ce qui semblerait expliquer ce phénomène se trouve au niveau de la flore intestinale. Les enfants nés par césarienne ont un microbiote différent de ceux nés par voie naturelle. A termes, l’objectif des médecins est de trouver un moyen de faire disparaitre cette différence et ainsi contribuer à réduire le nombre de pathologies indiquées précédemment.

Une flore intestinale où tout se joue au départ

L’article rappelle que notre tube digestif compte plus de 100 000 milliards de bactéries avec une forte diversité des espèces. D’après Joël Doré, un directeur de recherche à l’Inra, cette richesse bactérienne se construit majoritairement entre la fin de la grossesse et l’âge de 3 ans, voire 6 ans tout au plus.

On pourrait se demander où est le problème de ne pas avoir une flore intestinale riche et abondante dès notre prime enfance. Car après tout, notre microbiote est influencé par ce que nous mangeons et par notre mode de vie. Si notre flore est pauvre au début, il suffit d’adapter son régime alimentaire pour la favoriser et éventuellement de faire une cure de probiotiques pour multiplier et accélérer les effets. Malheureusement si c’était aussi simple, les chercheurs ne s’embêteraient pas avec cette histoire de mimétisme d’ensemencement de la flore intestinale des enfants nés par voie basse.

Plus le microbiote s’installe tôt dans l’intestin et plus il sera résilient, c’est à dire qu’il sera facilement en mesure de retrouver son état d’origine après avoir subi une perturbation importante. Autrement dit, la flore que nous constituons jusqu’à nos 3 ans sera celle qui nous accompagnera tout au long de notre vie. Parmi les perturbations qui viennent dérégler notre microbiote, vous retrouvez les changements de régime alimentaire, les traitements antibiotiques ou encore le stress. Une fois que le facteur déstabilisant a été supprimé, la flore intestinale reprend son état naturel.

L’influence de notre mère

Si je devais faire une analogie, le microbiote se comporte comme une habitude. Plus elle a été prise tôt et mieux c’est ! 😉 La question qu’on a envie de se poser naturellement est de savoir comment prendre un bon départ du point de vue de la flore intestinale ? J’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer, cela ne dépend pas de vous, mais de votre mère.

En effet rappelez-vous, la flore qui vient ensemencer notre tube digestif est celle que nous transmet notre mère à la naissance. Cette transmission commence dès la fin de la grossesse via le liquide amniotique mais la naissance reste un moment clé pour la colonisation bactérienne. La qualité de notre microbiote est donc directement liée à celle de notre mère. Tout comme nous, elle n’a pas choisi la flore intestinale qu’elle possède mais elle peut l’améliorer en adoptant une alimentation riche en fibres qui vont nourrir les bonnes bactéries. A contrario, une alimentation riche en sucres et en amidon va favoriser le développement des bactéries pathogènes.

Un autre moyen de commencer la vie avec un bon microbiote est de naitre par voie basse. J’ai déjà parlé de ce point et là encore, cela ne dépend pas de vous. Les enfants nés par césarienne vont malgré tout se constituer une flore intestinale. Les bactéries viennent alors de la peau des parents et de l’environnement de l’hôpital. Ces bactéries sont moins utiles et peuvent même être pathogènes. Les personnes nées par césarienne ont en moyenne 10 à 20 % de diversité microbienne en moins que celles nées par voie basse d’après des analyses génomiques réalisées sur le microbiote.

Le menu de bébé

Au même titre que l’alimentation de la mère avant la naissance a un impact sur la flore intestinale de l’enfant, l’alimentation de l’enfant lui-même va influer sur sa flore. Le meilleur des choix est bien entendu le lait maternel qui va apporter des germes au bébé (plus de 700 espèces différentes d’après des études réalisées sur le sujet). Il comporterait également des fibres que les laits artificiels ne réussiraient pas à reproduire selon l’article.

La diversification alimentaire joue également un rôle de taille. Chaque aliment va apporter des bactéries différentes et une grande variété de végétaux dans l’assiette de bébé va apporter une diversité de fibres. Cette variété va alors permettre de nourrir tous les types de bactéries de notre intestin. Ces bactéries aident à digérer les aliments et à se prémunir des agents pathogènes. C’est également au cours de cette diversification alimentaire que les goûts pour les aliments se développent. Il est donc important d’habituer les petites têtes blondes à manger des légumes pour qu’ils continuent à en manger régulièrement par la suite et ainsi maintenir une flore en pleine forme.

Les effets secondaires des antibiotiques

Dans le cas d’un adulte traité par des antibiotiques, son microbiote va relativement facilement se restaurer une fois le traitement terminé. Dans le cas du jeune enfant, cette restauration est plus compliquée. Plusieurs études sur des souriceaux ont révélé une perturbation durable de la flore intestinale suite à une antibiothérapie. Chez l’Homme, des études ont mis en avant l’effet que peut avoir la prise d’antibiotiques à un très jeune âge. Une étude de l’université de Maastricht a révélé que les enfants ayant pris des antibiotiques durant leurs six premiers mois ou plus de deux mois avant l’âge de 2 ans étaient plus gros que les enfants n’ayant reçu aucun antibiotique.

Le microbiote aux mille usages

On l’a vu, le microbiote est un élément majeur de notre santé tout au long de notre vie. C’est également un allié de premier plan pour la digestion des aliments que nous ingérons. Mais savez-vous qu’il participe à la construction du système nerveux et vasculaire de l’intestin ? Savez-vous que ces bactéries contribuent au développement des cellules graisseuses ? On pourrait se demander si c’est une si bonne chose que nous ayons plus de cellules graisseuses et la réponse est oui. Grâce à la présence de ces cellules, le gras circulant dans notre organisme va y être stocké au lieu de se loger dans le cœur ou le foie. Ces cellules ne sont donc peut-être pas des plus saillantes pour la silhouette, mais elles sont indispensables à une bonne santé.

La flore intestinale intervient également au niveau de la croissance et de la taille. Des recherches sont actuellement menées à l’université de Lyon sur ce sujet. Il semblerait que les souriceaux dénutris et avec un microbiote appauvri voient leur croissance s’améliorer simplement avec l’apport de certaines souches de bactéries. Ce type de recherche pourrait un jour déboucher à un traitement complémentaire aux thérapies hormonales utilisées pour les enfants avec un retard de croissance.

Dernier point abordé par l’article : l’effet de la flore intestinale sur le développement du cerveau. Dans des études menées sur des souris, l’absence de bactéries lors de la gestation entraine un retard dans la fermeture de la barrière hématoencéphalique du fœtus ainsi qu’un nombre moins important de connexions neuronales. Ces souris évitent même les interactions sociales. C’est la raison pour laquelle des chercheurs s’intéressent au lien entre bactéries et autisme. Une étude préliminaire américaine a d’ailleurs montré des résultats encourageants en traitant des enfants autistes via un transfert fécal. Avec ce traitement, les enfants ont vu leur comportement s’améliorer jusqu’à 8 semaines après la fin du traitement.

Conclusion

Décidément, notre microbiote a plus d’un tour dans son sac et son importance dans notre organisme devient plus évidente de jour en jour. Bien qu’elle puisse être modulé tout au long de la vie grâce à des changements tels que l’alimentation et le stress, notre flore intestinale est avant tout constituée durant les premières années de notre vie. Il est évidemment impossible de revenir en arrière pour améliorer notre microbiote. Nous devons composer avec celui que nous avons. Mais la bonne nouvelle est que nous avons les cartes en main pour que les générations futures prennent le meilleur départ bactérien possible ! 🙂

Vous pouvez retrouver l’article de L’Epress via le lien suivant : Microbiote : des bonnes bactéries pour la vie, tout se joue avant 3 ans

Le microbiote : tout se joue avant 3 ans
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